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Covid-19 : la stratégie vaccinale s'affine et la campagne de vaccination à venir aussi...

Publié le 23/11/2020
covid19 vaccin

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Disposer très prochainement d’un vaccin contre la Covid19 - ou de vaccins – puisque la course est lancée à l’international avec les dernières phases d’essais, très prometteuses si l’on en croit les communications successives des différents laboratoires qui travaillent sur le sujet, est devenu réalité. L’espoir est bien là et d’ici à quelques semaines la campagne de vaccination pourrait être lancée. Toutes les administrations sanitaires travaillent en amont sur la stratégie qui devra l’accompagner.

"Sûreté et efficacité" pour l'Académie nationale de Médecine

La pharmacovilance devra être enforcée afin d’identifier "d’éventuels effets secondaires qui n’auraient pas été détectés lors des essais cliniques de phase 3". La sûreté du ou des vaccins est un sujet très sérieux.

L'Académie nationale de Médecine dans une récente communication intitulée "Vaccination contre Covid-19 : pour que l’espoir prenne forme !", le souligne, accélérer la mise au point, l’autorisation et la disponibilité de vaccins, dans le respect des normes de qualité, d’innocuité et d’efficacité s'accompagnent de nombreuses questions cruciales qui se doivent d'être clarifiées.  Et de relever les quatre suivantes : quelle efficacité clinique, en termes de morbidité et de mortalité, et l’innocuité des vaccins, notamment chez les personnes âgées et les personnes atteintes de comorbidités, qui devraient être considérées comme prioritaires1 ? ; quelle durée de la protection induite par la vaccination et la nécessité de rappels ?  quel impact épidémiologique potentiellement lié à une diminution de la transmission ? ; quelles contraintes imposées pour le stockage, la distribution et l’administration des vaccins compte tenu de leur thermostabilité.

Quelque 30 % à 40 % des Parisiens vont-ils pouvoir se faire vacciner contre le Covid-19 à partir de janvier? Ou même plus tôt si un vaccin est disponible? C'est le scénario qui a été annoncé ce vendredi 20 novembre par Anne Souyris, l'adjointe (EELV) de la maire de Paris en charge de la santé.

L’Académie nationale de médecine engage donc les autorités sanitaires à définir une stratégie vaccinale sûre et efficace soulignant par ailleurs que les stratégies de vaccination contre le SARS-CoV-2 ont été présentées en ce sens par la Commission européenne (CE)2. Selon l'Académie, l'organisation logistique pour la distribution et l’administration du vaccin et les ressources humaines à mobiliser font notamment partie du plan à venir tout comme une définition éthique et opérationnelle des catégories de personnes prioritaires pour la vaccination2. La pharmacovilance devra être également renforcée afin d’identifier d’éventuels effets secondaires qui n’auraient pas été détectés lors des essais cliniques de phase 3. L'information et la communication du grand public comme des professionnels de santé, seront également au coeur de la stratégie vaccinale, accompagnés d'une évaluation régulière de l’acceptabilité du vaccin par les différentes catégories de population ciblées par le programme, en particulier les professionnels de santé, incluant l’analyse des arguments avancés pour ne pas se faire vacciner.

Face à cette compétition internationale, scientifique et commerciale, exacerbée entre les firmes dont les candidats vaccins sont parvenus en phase 3 de développement, la nécessité légitime d’anticiper la mise en œuvre d’une vaccination contre la Covid-19 dans chacun des États membres impose un temps de réflexion. Académie nationale de Médecine

Pour la HAS : transparence, consultation publique, avis à suivre...

De son côté, la Haute Autorité de Santé a communiqué à plusieurs reprises depuis l’été sur l’avancée de ses travaux sur la stratégie de vaccination contre la Covid-19 à construire. « Anticiper est le maître mot. Nous avançons au fur et à mesure que de nouvelles données sont disponibles et affinons ainsi, en lien avec les autres instances sanitaires nationales et internationales, notre stratégie vaccinale et les recommandations qui l’accompagneront » a-t-elle précisé lors d’une rencontre avec la presse le 20 novembre. Et de rappeler que ces travaux sont menés, dans un contexte où de nombreuses incertitudes demeurent, notamment sur l‘évolution de la situation épidémique en France et sur les caractéristiques des futurs vaccins. Il s’agit donc de recommandations dites "intermédiaires", amenées à être précisées lorsqu’un ou plusieurs vaccins seront déployés. Concernant les populations "cibles" à vacciner en priorité, le consensus international semble acquis mais reste toutefois à affiner. En effet, l'Autorité sanitaire a rappelé que les professionnels de santé et du médico-social en contact avec les malades ainsi que les personnes le plus à risque de formes graves de la maladie (porteuses de comorbidités) sont généralement reconnus comme étant des publics prioritaires. Un avis plus précis à ce sujet sera finalisé et publié par la HAS fin novembre ou début décembre, a confirmé Élisabeth Bouvet, présidente de la commission technique de vaccination (CTV) et membre du collège de la Haute Autorité.

Pour la HAS, la campagne de vaccination contre la Covid-19 (une proposition en la matière est aujourd'hui encore concertation publique) s’annonce exceptionnelle du fait de l’ampleur de la population à vacciner sur une période limitée et du contexte de pandémie dans lequel elle sera organisée. De fait, les modalités choisies pour la campagne de vaccination auront un fort impact sur son bon déroulement et son efficacité, elles devront donc être aussi pragmatiques et flexibles. L'ensemble des contributions liées à la consultation publique seront analysées pour un avis définitif mi-décembre. Daniel Floret, vice-président de la commission technique des vaccinations, a rappelé que la CVT demande tout particulièrement "un suivi de l'efficacité de la campagne vaccinale et un renforcement de la pharmacovigilance". Information d'importance à l'heure où les avis discordants se font déjà entendre sur le sujet, la HAS considère que, dans le contexte actuel, la vaccination contre la Covid-19 ne devrait pas être obligatoire, ni pour la population générale, ni pour les professionnels de santé.

Enfin, les autorités sanitaires ne devont pas négliger l’opposition de la population qui se fait entendre sur un futur vaccin pour lutter contre l’épidémie. En effet, lorsque l’on demande aux Français (Global attitudes on a Covid vaccin, Ipsos, octobre 2020) s’ils accepteraient de se faire vacciner contre la Covid-19, 24 % répondent qu’ils n’accepteraient probablement pas et 19 % qu’ils n’accepteraient certainement pas. Pour le dire autrement, une petite moitié de la population française est contre ce vaccin. La pédagogie sera de mise alors que les théories complotistes sont à l'oeuvre notamment depuis la diffusion du documentaire "Hold Up" partagé abondamment sur les réseaux sociaux et qui alimente un peu plus encore la défiance... La France est l'un des pays européens les plus septique en matière de couverture vaccinale. Les professionnels de santé, notamment les infirmiers, l'expriment notamment eux-mêmes lors des campagnes vaccinales anti-grippales. Etre promotteur de la vaccination suppose être convaincu soi même de son utilité...et de son innocuité... Expliquer toujours et encore, à l'appui de preuves scientifiques, devra renforcer l'adhésion du plus grand nombre à cette campagne de vaccination à venir au coeur de laquelle les médecins libéraux seront étroitement associés.

Lorsque l’on demande aux Français s’ils accepteraient de se faire vacciner contre la Covid-19, 24 % répondent qu’ils n’accepteraient probablement pas et 19 % qu’ils n’accepteraient certainement pas.

Qu'est ce qui peut garantir l'efficacité de la vaccination pour vaincre une épidémie ?

Pour l'infectiologue et épidémiologiste genévois Didier Pittet, qui préside la Mission d'évaluation de la gestion de la crise du coronavirus en France, interrogé sur France Info le 21 novembre, "D'abord il faut avoir des vaccins qui sont très efficaces. On entend que les premiers essais cliniques sont extrêmement encourageants, c'est bien. Ensuite de ça, il faut qu'on soit parfaitement sûr que ces vaccins sont absolument sécuritaires. On commence à avoir de bonnes idées, il faudra qu'elles soient confirmées. Et puis finalement, il faut que ces vaccins soient produits en très grande quantité. Il faut d'ores et déjà s'organiser et préparer la diffusion et les campagnes de vaccination parce qu'effectivement, ça va changer notre vie de tous les jours.

Pour les vaccins, Gabriel Attal, porte parole du Gouvernement, affirme que la France a trois contrats "signés, au moins trois autres très avancés et d'autres en discussion", avec "en moyenne 30 millions de doses par contrat". La question d'un vaccin obligatoire ou pas, qui divise la classe politique, "se posera quand on connaîtra les propriétés des vaccins", dit-il.

Les professionnels de santé, notamment les infirmier(e)s au coeur des campagnes de vaccination à travers le monde

Le Conseil International des Infirmier(e)s (CII) appelle les gouvernements à veiller à ce que les leaders des soins infirmiers soient au cœur de la planification et de la mise en œuvre de toute proposition de programme de vaccination à grande échelle. Cela permettra de garantir une répartition et une administration justes et efficaces des vaccins, une fois disponibles. Selon Howard Catton, Président du CII, les organismes de santé et les pouvoirs publics doivent bien mesurer l’ampleur de cette tâche et faire tout le nécessaire pour garantir au personnel l’appui dont il a besoin. Un moyen d’y parvenir est d’intégrer des infirmières leaders dans les équipes de gestion menant la campagne de vaccination, de la plus petite circonscription à l’échelon national. Et de souligner que la majorité des effectifs chargés d’administrer les vaccins et de dispenser des conseils seront constitués d’infirmier(e)s qui sont déjà sur la corde raide au vu des exigences de la deuxième vague de virus et des niveaux d’infection et de maladie, toujours aussi inquiétants. Les données du CII et les recherches récentes publiées dans le British Medical Journal montrent le risque élevé que constitue la COVID-19 pour le personnel soignant en contact avec les patients : il faut lui accorder la priorité pour le vaccin afin qu’il puisse tenir les promesses du vaccin et afin de protéger les systèmes de santé où il travaille.

Lors de la dernière Matinale de l'Ordre national des infirmiers fin octobre dont la thématique portait sur les compétences actuelles et à acquérir concernant la vaccination par la profession infirmière, il avait été vivement rappelé que la France doit se doter d'un maillage resserré et efficace et augmenter le nombre de vaccinateurs potentiels, dont les infirmiers font partie. D'autant lorsqu'il s'agit de mettre en place une stratégie vaccinale collégiale et priorisée que l'épidémie de Covid-19 rend encore plus pressante, a fortiori alors qu'une campagne vaccinale contre le coronavirus va être déployée à brève échéance.

De la nécessité à travers le monde d’intégrer des infirmières leaders dans les équipes de gestion menant la campagne de vaccination, de la plus petite circonscription à l’échelon national.

Notes

    1. Haute autorité de santé : Note de cadrage sur la stratégie de vaccination contre la Covid-19, 23 juillet 2020
    2. Commission européenne : Communication sur la stratégie de l’Union européenne concernant les vaccins contre la Covid-19, COM 2020 (245), 17 juin 2020.

Bernadette FABREGASRédactrice en chef Infirmiers.combernadette.fabregas@infirmiers.com @FabregasBern


Source : infirmiers.com